Dés fin avril,
les députés arrivent à Versailles. Necker
et Louis XVI sont inquiets. Cette formidable poussée
politique et sociale déconcerte le financier. Louis
XVI appelle des troupes et ce sont 10.000 soldats qui approchent
de Paris à la mi-avril.
"A l'heure où la
Nation vient demander peut être une révolution,
ce malheureux gouvernement de Versailles sans doctrine ni
résolution hésite encore devant la réforme" (Madelin)
Louis XVI reçoit
le 2 mai chacun des représentants de la nation au
palais, à tour de rôle ils vont passer devant
le roi s'incliner, le saluer sans que celui-ci ne dise un
mot puis tourner les talons et sortir. Les députés
sortent du palais très refroidis.
Le 4 mai a lieu la procession
religieuse du Saint Sacrement à laquelle toute la
cour assiste ainsi que l'ensemble des députés
des trois ordres. L'étiquette était de mise
pour une telle manifestation et fit ressortir de façon
criante l'inégalité des trois ordres et la
scission probable du clergé. En effet d'un côté nous
trouvons la noblesse dorée et empanachée avec
le haut clergé en robe violette et de l'autre le Tiers
Etat en habit sombre et les curés en soutane noire.
La procession était fermée par Louis XVI.
Le 5 mai, les 1139 députés
sont réunis dans la salle des menus plaisirs pour
la première véritable séance des Etats
Généraux. Tous attendent le discours de Louis
XVI qui devrait apporter des réponses à la
question primordiale: les députés voteront-ils
par ordre ou par tête ?
Le discours d'ouverture
de Louis XVI, bref et cassant laissa les députés
sans réponse sur ce point et surpris tout le monde
par son ton. En effet, le roi précisait que les Etats
Généraux étaient réunis à sa
demande et que lui seul serait juge de décider de
ce dont ils devraient débattre. Vint ensuite le discours
du Garde des Sceaux Barentin qui n'apporta rien de plus puis
celui de Necker, lequel endormit toute l'Assemblée
par un discours de 2h beaucoup trop technique sur la dette
et les manipulations financières qu'il convenait de
mettre en place.
Cette première
séance se clôturait de manière décevante
pour les députés. Aucun mot sur une possible
constitution, aucune allusion aux milliers de revendications
exposées dans le cahier remis au Roi, aucune certitude
sur le type de vote; Les députés sortaient
très déçus. Le Roi, quant à lui,
venait de perdre une bonne occasion de mobiliser l'ensemble
des députés derrière lui. Avec un discours
comme celui de son ancêtre Henri IV aux précédents
Etats Généraux, il aurait pu à la fois
conserver au trône un pouvoir exécutif fort
et doter la nation d'une constitution garante des libertés.
Malheureusement, encore une fois, Louis XVI n'avait su être
ce 5 mai ni un Louis XIV qui tranche ni un Henri IV qui concilie
Le
Tiers refuse de se constituer |
Le lendemain,
6 mai, l'ensemble des députés du Tiers Etat se réunit
dans cette même salle des menus plaisirs tandis que
les deux ordres privilégiés se sont vus attribuer
des salles de délibération pour vérifier
les pouvoirs respectifs de leurs députés et
donc se constituer. Du côté de la noblesse,
seule une minorité de 47 députés souhaitent
une vérification des pouvoirs commune aux trois ordres.
Côté clergé, les avis sont plus partagés
puisqu'ils sont 114 pour et 133 contre. Face à cette
situation, le Tiers Etat ne doit surtout pas, comme certains
voudraient le faire, effectuer la vérification des
pouvoirs de ses députés et donc se constituer,
ce qui reviendrait à accepter l'ancienne forme de
consultation par ordre. Mirabeau, noble élu dans le
Tiers-Etat, l'a bien compris et surgit à la tribune
en criant "Rien de tout cela, Tant que les pouvoirs
n'auront pas été vérifiés en
commun nous ne sommes, nous Tiers-Etat, qu'une agrégation
d'individus". En d'autres termes, il faut attendre.
Des émissaires,
sous la conduite de Mounier, sont tout de même envoyés
aux deux autres ordres pour les convaincre de rejoindre le
Tiers mais rien n'y fait et les jours passent sans que, ni
le roi ni Necker, n'interviennent pour essayer de lever ce
blocage qui s'éternise.
Cependant la désunion
s'accentue chez les privilégiés, les 47 nobles
font des émules et les curés (menés
par Grégoire) combattent à la tribune les hauts
prélats. Le Tiers avait connaissance de ces divisions
et s'en réjouissait. Le 12 juin l'abbé Sieyès,
député du Tiers dissident de son ordre, prend
la parole à la tribune et propose "de sommer
les membres des deux chambres privilégiées
de se rendre dans la salle des Etats pour assister, concourir
et se soumettre à la vérification commune des
pouvoirs". La proposition est acceptée par tout
le Tiers. Chez les nobles, la proposition est acceptée
par 79 voix contre 192. Le clergé ajourne sa réponse
Le 13
juin au matin, seuls 3 curés ont rallié les députés
du Tiers, le 15 ils sont 12 et l'appel des députés étant
terminé, l'assemblée se considéra dés
lors comme représentant seul la Nation. Il fallait
l'affirmer solennellement. Le 17 juin, un député proposa
tout simplement après diverses propositions plus compliquées
et alambiquées les unes que les autres (Assemblée
des représentants connus et vérifiés
de la Nation pour Sieyès, Assemblée légitime
des représentants de la majeure partie de la nation
agissant en l'absence de la mineure partie (sic) pour Mounier,
représentant du peuple Français pour Mirabeau),
le nom d'Assemblée Nationale.
Ce même jour, l'Assemblée
Nationale proclame que "les impôts quoique illégalement établis
et perçus, continueraient d'être levés
de la même manière que devant, jusqu'au jour
où l'assemblée se séparerait" mais
que "passé lequel jour, l'Assemblée entendait
et décrétait que toute levée d'impôt
qui n'avait pas été nommément, formellement
et librement accordée par l'Assemblée, cesserait
entièrement dans les provinces du Royaume." Ce
même jour quatre comités étaient formés:
subsistance, vérification, rédaction et règlement.
Cette déclaration
stupéfia le roi, son entourage et une partie de la
noblesse. Une délégation de celle-ci fut envoyée
au roi pour lui demander de réagir à une telle
déclaration. Le clergé fut profondément
remué par cette déclaration faite par l'Assemblée
Nationale et le 19 juin ils étaient 149 (dont 6 prélats)
sur 200 à accepter de vérifier leur pouvoir
au sein de l'Assemblée Nationale.
Sur les conseils de ceux
qui refusent cette réunion des trois ordres, Louis
XVI se résout à la rigueur et décide
qu'une séance royale aura lieu le 23 juin où chacun
des trois ordres reprendra sa place. D'ici là pour
qu'aucune autre réunion de l'Assemblée Nationale
n'ait lieu Louis XVI fait fermer la salle des menus plaisirs.

Le
serment du Jeu de Paume
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Lorsque le 20 juin au
matin, les députés se présentent pour confirmer les
pouvoirs de leur président Bailly élu le 17 juin
ils trouvent les portes fermées. Tous se précipitent
alors au jeu de paume, le vaste hall est rapidement plein, un banc
est mis en place pour servir de bureau. Sous la proposition de
Mounier tous les députés moins une voix, prêtent
serment de ne jamais se séparer avant qu'une Constitution
soit rédigée et approuvée, en répétant
chacun à leur tour "Je le jure !".
Le texte est le suivant
:
"L'Assemblée
Nationale, considérant qu'appelée à fixer
la constitution du royaume, opérer la régénération
de l'ordre public et maintenir les vrais principes de la
monarchie, rien ne peut empêcher qu'elle continue
ses délibérations dans quelque lieu qu'elle
soit forcée de s'établir, et qu'enfin, partout
où ses membres sont réunis, là est
l'Assemblée Nationale.
"Arrête que
tous les membres de cette assemblée prêteront, à l'instant,
serment solennel de ne jamais se séparer, et de
se rassembler partout où les circonstances l'exigeront,
jusqu'à ce que la constitution du royaume soit établie
et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant
prêté, tous les membres et chacun d'eux en
particulier confirmeront, par leur signature, cette résolution
inébranlable."
Cette résolution étant
prise les députés se séparent en se
donnant rendez-vous pour le lendemain matin.
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Serment
du Jeu de Paume
Versailles le 20 juin 1789.
Bailly
monté sur une table et
l'ensemble des députés présents prêtent
serment
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Le 21 juin au matin,
le jeu de paume est fermé, réservé par
le comte d'Artois frère du roi pour une partie avec ses courtisans.
Les députés parent le coup en se réunissant dans l'église
St Louis que le clergé a mise à la disposition de l'Assemblée.
Les 149 membres du clergé rattachés à l'Assemblée
sont, ce jour là, longuement acclamés par la foule.
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L'Assemblée
Nationale sous la nef St Louis
Versailles les 21
et 22 juin 1789
Sauf à violer
ce lieu saint Louis XVI
dut renoncer à recourir à l'usage
de la force
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Le 23 juin, tout est
prêt aux yeux de Louis XVI pour une reprise en main
vigoureuse de cette assemblée récalcitrante.
Des forces armées étaient rassemblées
autour et dans Versailles et des textes destinés
aux députés avaient été préparés
pour leur faire savoir qu'en cas de non-obéissance
aux ordres royaux ils auraient à faire aux hommes
d'armes.
Comme lors de la séance
d'ouverture, les ordres sont introduits les uns après
les autres en prenant soin de laisser le Tiers attendre
plus d'une heure dehors, ce qui hérisse la fraction
de la noblesse qui, depuis la formation de l'Assemblée,
songe à faire cause commune avec celle-ci. Par cette
maladresse, le roi braque encore contre lui une partie
de la noblesse, le seul ordre encore unanimement rallié à lui.
Necker était
absent, Louis XVI parut, entouré de toute la cour,
et commença un discours très dur contre l'Assemblée
Nationale devant des députés consternés.
Il lui reproche tout
d'abord son inaction depuis bientôt deux mois, puis
il proclame que "l'ancienne distinction des trois
ordres doit être conservée", que les
députés élus par chacun des trois
ordres doivent former trois chambres séparées
ne pouvant délibérer en commun qu'avec l'accord
du roi que "toutes les décisions prises depuis
le 17 juin par les députés sont nulles, illégales
et inconstitutionnelles".
Les Etats pourraient
délibérer des impôts, mais il sera
interdit de traiter en commun "des affaires qui regardent
les droits antiques et constitutionnels des trois ordres,
la forme de constitution à donner aux prochains
Etats, les propriétés féodales et
seigneuriales, les droits utiles et les prérogatives
des deux premiers ordres". Suite à ce discours,
il fait distribuer à tous les députés
le texte qu'il vient de prononcer ainsi qu'un mémorandum
intitulé "Les intentions du Roi" dans
lequel il s'efforce de satisfaire certaines demandes du
Tiers. Il y presse le clergé et la noblesse de renoncer à leurs
privilèges pécuniaires, se prononce pour
l'abolition de la taille, l'adoucissement de la gabelle,
mais ne recule pas sur les droits seigneuriaux et féodaux.
Il promet l'abolition des lettres de cachet, recherche
un moyen de concilier la liberté de la presse et
le respect de la religion, annonce la création d'états
provinciaux (2/10 de clergé, 3/10 de noblesse et
5/10 de Tiers) pouvant délibérer en commun
et dont la compétence et les attributions seraient élargies.
Il exprime également le souhait que les douanes
soient portées aux frontières du royaume,
que l'administration de la justice soit améliorée,
et que l'on en finisse avec l'usage des corvées
pour la confection et l'entretien des chemins.
Il y a un tel écart
entre son discours et ses intentions qu'on reste interloqué devant
cet homme. Louis XVI cachait-il derrière une fermeté maladroite
et une volonté de s'imposer monarque, un réel
souhait de conciliation ou bien était-ce par peur,
couardise et faiblesse qu'après avoir manié le
bâton il faisait marche arrière ayant trop
présumé de ses forces.
Le roi termine la séance
par cette dernière phrase "je vous ordonne,
Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous
rendre demain matin chacun dans les chambres affectées à votre
ordre pour y reprendre vos séances. J'ordonne en
conséquence au grand maître des cérémonies
de faire préparer les salles." Louis XVI avait
dit qu'on devait se séparer, lui-même s'était
levé et était sorti. La noblesse et le clergé sortirent,
mais au centre de la salle immobile le Tiers demeurait
dans le silence.
Le grand maître
des cérémonies Dreux Brézé s'avança
pour faire évacuer la salle. Derrière lui,
un piquet de Gardes Françaises et un piquet de Gardes
Suisses s'étaient arrêtés à la
porte. Alors Mirabeau se dresse et lui dit terrible "Monsieur,
allez dire à votre maître que nous ne quitterons
nos places que par la puissance des baïonnettes",
puis Bailly, président de l'Assemblée, lui
dit que les débats de l'Assemblée ne peuvent être
clos avant que celle-ci "n'en ait délibéré tranquillement." et
que "la Nation assemblée n'a pas à recevoir
d'ordre". Dreux Brézé transmit la réponse
au roi, qui d'un geste las avoue son impuissance "Ils
ne veulent pas partir ? Eh bien ! Foutre ! Qu'on les laisse
!"
Les temps étaient
révolus où l'on disait encore "Cy veult
le roy, cy veult la loy".
|
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Mirabeau apostrophant Dreux Brézé
Versailles le
23 juin 1789.
"
Monsieur, allez dire à votre
maître que nous ne quitterons nos places
que par la puissance des baïonnettes"
|
Laissés seuls,
les députés délibérèrent,
les précédents arrêtés seraient
maintenus et la personne des députés serait
déclarée inviolable. Au cours de cette délibération,
les débats furent menés par Sieyès,
Barnave, Pétion et Mirabeau. Le roi reculait, Necker
ayant menacé de se retirer cela lui servit de prétexte,
et le banquier suisse restait ministre.
Le 24 juin le Tiers
reprenait ses séances et le clergé en majorité le
rejoignait. Le 25 juin, 47 gentilshommes avec à leur
tête le Duc d'Orléans les rejoignirent, à partir
de là ce fut la débandade. Louis XVI pour
masquer l'ampleur de cette défaite ou peut être
par souhait réel convia le 27 juin le Clergé et
la Noblesse à se joindre au Tiers. Ce fut un soulagement
général chez tous les députés
de l'Assemblée, qui accueillirent ces derniers arrivants
avec beaucoup de prévenance. "La révolution
est finie" écrit-on ce jour là, "Elle
n'aura pas coûté une goutte de sang".
Les députés du Tiers quant à eux,
ne virent dans ce revirement du roi que "le retour
de Louis XVI à de vrais sentiments".
Sur sa lancée
l'Assemblée Nationale désigna un comité constitutionnel
où Mounier allait jouer un rôle de premier
plan et où La Fayette ne tardera pas à poser
son projet de Déclaration des droits de l'homme
et du citoyen.
Cependant le roi et
son entourage, certainement poussé par Marie Antoinette,
désiraient une revanche, Louis XVI ne pouvait accepter
une monarchie constitutionnelle. Ils décidèrent
donc un nouveau coup de force contre l'Assemblée
en regroupant à proximité de Paris et de
Versailles d'importantes troupes dans le but de les faire
marcher contre le peuple parisien. Necker tenta en vain
de convaincre Louis XVI que ce n'était pas la bonne
solution mais le roi ne céda pas. L'Assemblée
inquiète de ces concentrations de troupe en demanda
le retrait au roi, par l'intermédiaire de Mirabeau,
le 8 juillet.
Le 9 juillet l'Assemblée
Nationale devient Constituante