Le
sans-culotte est d'abord reconnaissable à sa tenue
: il porte un pantalon long, généralement en
bure rayée, ce qui le différencie de l'aristocrate
exécré arborant culotte courte et bas de soie.
Il est chaussé de sabots, parfois remplis de paille.
Coiffé du bonnet phrygien rouge (rappelant l'affranchissement
des esclaves) avec cocarde tricolore, il tient en main, dans
les occasions importantes, la fameuse pique, emblème
du militant.
Après 1792, on le voit, à l'imitation des volontaires marseillais,
endosser la carmagnole, veste courte à gros boutons. Les carmagnoles
loqueteuses deviendront une marque de patriotisme révolutionnaire. Les
sans-culottes répandent les usages démocratiques : ils se tutoient
et s'appellent "citoyens". Renonçant aux vieux patronymes
de leur baptême, ils ont adopté des noms glorieux de l'Antiquité :
Brutus, Gracchus ou Mucius Scaevola. Ils gardent un culte pour Marat, assassiné par
la " garce du Calvados". Le Père Duchesne , connu pour la
verdeur de son style et la violence de ses propos, est leur feuille de prédilection.
Pour eux, la délation est un devoir, la Terreur un moyen légitime
de défense, et ils vénèrent la sainte guillotine.
Dès
le début de la Révolution, ces bons patriotes
ont joué un rôle décisif en assurant
la victoire du peuple sur la tyrannie : ce sont eux qui ont
permis la prise de la Bastille, la chute des Tuileries, l'élimination
des Girondins. A partir de 1792, ils s'imposent dans les
sections de Paris, les tièdes s'éliminant d'eux-mêmes.
Dans les assemblées, comités de surveillance
ou sociétés populaires, ils sont au premier
rang pour punir les aristocrates et les traîtres. La
sans-culotterie parisienne est composée d'éléments
hétérogènes - petits commerçants,
employés, ouvriers, artisans - mais un même
idéal démocratique anime les militants. Ils
poussent la passion politique jusqu'au fanatisme et voudraient
imposer leurs vues à la Convention, à laquelle
ils envoient pétition sur pétition.
Ils
affirment d'abord le caractère inaliénable
de la souveraineté populaire. Férus d'égalité,
ils s'insurgent contre les riches, inutiles et fainéants
: leur voeu n'est d'ailleurs pas la suppression, mais la
limitation de la propriété. Au printemps de
1793, alors que sévit la disette, ils proposent des
mesures radicales : taxation des prix, réglementation
du commerce, lutte contre les accapareurs. Ils réclament
en même temps le droit à la subsistance, à l'instruction.
Devant ces exigences, la Montagne est divisée et montre
des réticences : le gouvernement révolutionnaire
aura d'ailleurs d'autres tâches que de satisfaire toutes
ces aspirations. Après Thermidor, le rôle politique
des sans-culottes semble terminé.
Va-t-on
exécuter
le roi à une voix de majorité ?
Un nouveau scrutin
s'ouvre sur la question du sursis, rejeté par 383 voix
contre 310.
Le 20 janvier, le condamné est averti de la sentence. Il formule 3 demandes
: un délai pour se préparer à la mort, la permission d'être
assisté par un prêtre réfractaire et de s'entretenir librement
avec sa famille. Seule la première requête est repoussée.
Le soir, le roi reçoit longuement l'abbé Edgeworth de Firmon.
Il fait ensuite des adieux déchirants aux siens, puis va dormir.
Le lendemain, après
avoir entendu la messe, il descend d'un pas ferme l'escalier
du Temple. Tout le long du parcours, il récite les prières
des agonisants et se laisse lier les mains sans mot dire au
pied de l'échafaud. Quelques secondes plus tard, le
bourreau montre au peuple la tête ensanglantée,
symbole de la révolution victorieuse.