Au soir du 20 juin 1791, des ombres se glissent hors
des Tuileries et montent discrètement dans un fiacre.
Nul ne reconnaît sous leurs déguisements le roi
et la reine, Madame Élisabeth, le dauphin et sa sœur
qu'accompagne Mme de Tourzel. Le Suédois Alex de Fersen,
qui joue le rôle de cocher, va conduire la famille royale
jusqu'à la barrière Saint-Martin, où attend
une grosse berline. Quels motifs font donc agir Louis XVI ?
Le roi n'ignore pas les
dangers que lui et les siens courent à Paris. Il garde,
d'autre part, l'arrière- pensée de faire appel
aux forces étrangères pour rétablir l'ordre
ancien et désire se rapprocher des frontières.
Enfin, hostile à la Constitution civile du clergé,
qu'il a été contraint de signer, il a été outré, à Pâques,
de ce que la foule l'ait empêché de se rendre à Saint-Cloud,
où il voulait assister à une messe dite par un
prêtre réfractaire. Refusant d'être prisonnier
des Parisiens, il a donc décidé d'aller rejoindre
dans l'Est l'armée du marquis de Bouillé.
Maintenant, la berline roule vers Montmédy, mais elle prend, dès
le début, des retards énormes sur l'horaire prévu : les
hommes de Bouillé, las d'attendre, ne se trouveront plus au rendez-vous
fixé . A Sainte-Menehould, le fils du maître de poste Drouet reconnaît
le roi : il prend aussitôt un chemin de traverse et rejoint la berline à Varennes,
où il fait arrêter les fugitifs par l'épicier Sauce, procureur
de la commune. La petite ville est pleine de patriotes et les hussards de Bouillé ne
peuvent ou ne veulent intervenir. Le roi refuse, du reste, qu'on verse le sang
pour lui.

PROCÈS
ET MORT DE LOUIS XVI
11 décembre 1792 - 21 janvier 1793
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Je ne croirai à la
république que lorsque la tête de Louis ne sera
plus sur ses épaules", a déclaré Marat.
Depuis plusieurs semaines, le sort du roi se discute à la
Convention. Si les modérés et certains Girondins
souhaitent sauver le prisonnier, les Montagnards désirent
sa mort, seule façon de rompre avec le passé.
Robespierre et Saint-Just réclament une exécution
immédiate, sans procès préalable, mais
la majorité veut observer les formes de la justice.
Après la découverte aux Tuileries des documents de "l'armoire
de fer", la Convention décide de juger elle-même le roi.
L'Assemblée accepte cependant que l'accusé soit assisté de
trois avocats : Malesherbes, Tronchet et De Sèze. Le 26 décembre
1792, en présence de Louis, De Sèze conteste la compétence
de la Convention, invoque l'inviolabilité royale et nie la trahison.
De leur côté, les Girondins demandent la ratification de la sentence
par le peuple.
Les véritables débats s'ouvrent le 15 janvier. Ce jour-là,
la grande majorité des députés déclare Louis Capet
coupable, puis on discute de l'appel au peuple, qui sera rejeté. Reste
maintenant à fixer la peine. Le vote doit se faire nominalement et à haute
voix à la tribune. Dans les galeries, la foule se presse, bruyante et
gesticulante : les "patriotes" s'apprêtent à acclamer
les députés optant pour la mort et à huer les partisans
de l'indulgence. Commencé le 16 en fin de journée, le scrutin
durera plus de trente heures dans une atmosphère mouvementée.
Au soir du 17, les quinquets jettent de lugubres clartés dans la salle
et l'Assemblée est épuisée. Enfin, les résultats
sont donnés, mais des erreurs se sont produites, et il faut refaire,
le 18, un appel de contrôle. Finalement, sur 721 bulletins, 361 demandent
la mort immédiate, le reste se partage entre la mort avec sursis et
diverses peine
Va-t-on
exécuter
le roi à une voix de majorité ?
Un nouveau scrutin
s'ouvre sur la question du sursis, rejeté par 383 voix
contre 310.
Le 20 janvier, le condamné est averti de la sentence. Il formule 3 demandes
: un délai pour se préparer à la mort, la permission d'être
assisté par un prêtre réfractaire et de s'entretenir librement
avec sa famille. Seule la première requête est repoussée.
Le soir, le roi reçoit longuement l'abbé Edgeworth de Firmon.
Il fait ensuite des adieux déchirants aux siens, puis va dormir.
Le lendemain, après
avoir entendu la messe, il descend d'un pas ferme l'escalier
du Temple. Tout le long du parcours, il récite les prières
des agonisants et se laisse lier les mains sans mot dire au
pied de l'échafaud. Quelques secondes plus tard, le
bourreau montre au peuple la tête ensanglantée,
symbole de la révolution victorieuse.