Les
différents intervenants
Les
privilèges de la noblesse sont essentiellement fiscaux.
Ils se réservent cependant, à cette époque,
toutes les hautes fonctions dans le clergé, la politique,
la marine et l'armée. Ne pouvant exercer des métiers
industriels ou commerciaux, elle a obtenu le droit de déroger
dans certaines activités comme le commerce en mer
ou les grandes entreprises industrielles. Aussi, quand la
grande noblesse défendra ses privilèges, elle
ne songera pas seulement à ces exemptions fiscales
mais elle défendra sa position dominante dans la
société.
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La
famille du Duc de Penthièvre.
Une
des plus riches familles de France. Les grandes familles aristocratiques
proches de la cour aimaient à se faire portraiturer par
les peintres de la cour.
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Il
en est de même pour la noblesse de robe qui, si elle
est ouverte et favorable aux idées du siècle,
est furieusement attachée à la défense
de ses prérogatives. La petite noblesse rurale, constituée
par les gentilshommes de province, s'indigne de sa pauvreté dans
cet enrichissement universel. Elle cherche par tous les
moyens à renforcer ses privilèges et à réviser
ses droits.
La
Noblesse, que le roi de France va épauler tout au
long de cette période n'apportera à Louis
XVI ni une armée ni un état major. Elle sera
incapable de se défendre en masse et incapable de
composer avec les autres ordres lorsque ce sera nécessaire.
Richelieu
puis Louis XIV s'étaient attachés à casser
la haute noblesse, à la courber devant la volonté royale.
De plus en déracinant les grands seigneurs de leurs
provinces et en les maintenant à Versailles Louis
XIV les avait éloignés de leur clientèle
qui ne sera plus là le moment venu. La "domestication" des
grands seigneurs jusqu'alors toujours suspects d'indépendance
fut totale.
Ces
hommes sont également en partie acquis à la
philosophie des lumières et voient en la Révolution
une fronde contre le despotisme du Roi et le fanatisme des
prêtres. L'autre partie de cette noblesse est opposée à toute évolution
des choses. Divisée en deux groupes l'un qui va trop
céder et l'autre qui ne cédera rien, démunie
de toute clientèle par la politique des rois et avilie
par la courtisanerie, la noblesse française divisée émigrera
ou sera laminée par la révolution.
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Le Clergé est en
piteux état, il y a bien sur en 1789 des responsables
très honorables, il y a également des prélats
scandaleux (Rohan, Talleyrand...) mais la masse est médiocre.
Louis XVI dira un jour
excédé "Il serait convenable que l'archevêque
de Paris crût en Dieu" et une autre fois lors d'une
nomination de deux évêques l'un à Clermont
et l'autre à St Flour "Je viens d'envoyer le Saint
Esprit en Auvergne, le Saint à Clermont et l'Esprit à St
Flour".
Le
bas clergé regarde avec mépris et jalousie ces chefs
peu respectables. Il est pour l'évolution des choses et cette
disposition permettra au Tiers Etat de triompher en disloquant l'opposition
des deux ordres privilégiés. En effet, les curés
dans l'ensemble sont disposés à se jeter dans un mouvement
pour lequel leurs origines et leurs ressentiments vis à vis
du haut clergé les ont préparés.
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L'abbé et
la jeune aristocrate.
Sous
le regard de sa mère la jeune aristocrate
séduit l'élégant abbé ravit
de faire l'éducation de cette superbe
créature.
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Les
bourgeois font vivre le peuple des villes.
Il y a d'abord les petits bourgeois, ces marchands que
l'on voit tous les jours
sur les marchés et qui envoient leurs enfants étudier pour en faire
des médecins, des avocats, des professeurs. La plupart des députés
aux assemblées révolutionnaires seront issus de cette petite bourgeoisie
qui savait lire, écrire et parler.
Au-dessus, on trouve une bourgeoisie de commerce, des négociants qui se
sont lancés dans le commerce international. Ces gens sont ouverts aux
idées nouvelles, ils trouvent que le royaume stagne, ils s'énervent
des tracasseries de l'administration et cependant ils achètent des charges
pour leurs fils et en faire des commis d'état avec le secret espoir d'un
anoblissement. Plus riche encore était la bourgeoisie d'affaire, les banquiers,
les industriels et tous ceux vivant des revenus que leur assurait la levée
des impôts.
Enfin toute une bourgeoisie n'ayant plus besoin d'entreprendre pour s'enrichir
et vivant du cours de la rente.
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Salle
de manufacture appartenant à de riches bourgeois.
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Tous
ces bourgeois enragent de ne pas disposer d'un prestige
social en rapport avec leur importance réelle
dans la vie économique du pays. Napoléon
dira un jour "Qu'est ce qui a fait la Révolution
? La Vanité. La Liberté n'a été que
le prétexte". La Révolution semble
avoir été beaucoup moins faite contre le
despotisme du Roi que contre l'inégalité.
De ce fait le mouvement semble plus social que politique.
Comme le dit L. Madelin, "les bourgeois libéraux
sont rares, les bourgeois exaspérés et
envieux des privilèges sont légions, les
bourgeois ambitieux sont à leurs têtes".
Ces bourgeois sont des gens intelligents qui ont vécu
très près, trop près de la noblesse.
Ils ont essuyé son mépris et sa condescendance
et en sont aigris. Ce seront les vainqueurs de demain
et pour ce faire, ils vont courtiser les classes laborieuses
des campagnes et des villes. Avec l'appui des paysans,
ils triompheront aux urnes et avec l'appui des ouvriers,
ils forceront les décisions des assemblées
et défonceront les Bastilles du roi.
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Les
grandes famines ont disparues, mais l'on connaît
encore des périodes de disette en raison du retard
technique de l'agriculture : archaïsme des cultures,
retard de l'élevage, étendue des jachères.
L'agriculture française était à la
fois prospère dans sa production mais sous-équipée
et mal adaptée aux techniques et au marché international.
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Scène
de moisson dans les campagnes.
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Les paysans feraient
bon marché de la liberté et n'ont que faire d'une
constitution. Ils veulent deux choses: d'une part, se libérer
des droits féodaux et d’impôts trop lourds,
et d'autre part pouvoir accéder à la propriété.
La fidélité à leur seigneur n'existe plus
car le seigneur n'est plus sur ces terres. Retenu à la
cour, la gestion de ses terres est confiée à un
intendant que les paysans ne reconnaissent pas. Si la fidélité à la
religion existe toujours et ils le montreront tout au long
de cette période, la dîme leur est par contre
insupportable.
Lorsque la Révolution basculera dans la Terreur, emportée par les
sans-culottes, que leurs curés seront proscrits, ils ne souhaiteront plus
que l'instauration d'un régime fort qui leur conserve la terre nouvellement
acquise.
Le peuple des villes,
en majorité formé d'artisans,
mêle
cependant plusieurs classes dans l’enchevêtrement des ruelles : Les
boutiquiers, les employés de magasin, les blanchisseuses, les palefreniers,
des chômeurs et des mendiants. En cet hiver 1788-89, le petit peuple a
très faim et très froid. Les récoltes avaient été partout
mauvaises, les prix s'étaient élevés très vite et
les salaires baissaient. Un peu partout en France, des troubles populaires voyaient
le jour remplaçant les manifestations verbales des notables. Seule "bonne
nouvelle" en ce début d'année, Louis XVI a décidé,
sur proposition de son ministre Necker, d'accorder au Tiers Etat une représentation
double de celle des deux autres ordres aux états généraux
qui vont se réunir en mai 1789. Tout le monde se réjouit de cette
décision et attend qu'une telle assemblée "donne une constitution
au royaume". Plus tard entraîné par des Marat, Desmoulins ou
Danton ils forceront la main au destin et présideront par leurs actions
aux grands tournants de la Révolution.
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Une
ravissante boutiquière fleuriste.
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Les
gueux et les mendiants.
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A paris sur une population de 660.000 habitants
on compte plus de 60.000 mendiants.
Comment sortir de la crise ?
La crise économique ne faisait qu'accentuer l'inégalité entre
les privilégiés et les non-privilégiés. Les nobles
et les riches bourgeois pouvaient se permettre de spéculer sur la hausse
des prix et de s'enrichir encore de cette pénurie tandis que les pauvres
n'étaient que des victimes mourant de faim.
Au vue de la situation exposée, la France ne peut échapper à une
Révolution. Sera t'elle courte ou longue ? Violente ou pacifique ? Les
réformes seront-elles profondes ? La réponse est dans les hommes
qui composent son gouvernement. C'est à dire le roi, la reine, les princes
de sang et les ministres.
Les non-privilégiés n'auront pas donné le départ
de cette révolution. La monarchie souhaitait faire payer d'abord aux privilégiés
le prix de sa réforme (Projet de Turgot, Necker, Calonne puis Brienne).
Ce sont eux, en s'opposant obstinément à ces réformes et
particulièrement depuis 1787, qui déclencheront le départ
de celle-ci. Pourront-ils la contrôler ?
La Noblesse et le Haut Clergé comptent sur le roi pour les défendre.
Le roi le peut-il ? Sous Louis XVI, la monarchie dite absolue est indécise,
elle recule, elle avance sans véritable axe directeur, sans doctrine.
Le roi s'appuie sur la Noblesse dévitalisée mais gouverne avec
des bourgeois que la cour dédaigne.
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Louis
XVI en costume de sacre.
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Les Etats Généraux ont été convoqués
mais personne ne sait ce qu'on leur permettra de faire, ce qu'on leur
interdira, ce qu'on cédera et ce qu'on ne lâchera pas. Le
cas du vote par tête ou par ordre en est un exemple marquant. Le
Tiers s'est vu accorder une double représentation mais en cas
de vote par ordre, elle ne sert à rien, alors il faudrait voter
par tête ? Or Necker a promis aux deux autres ordres que le vote
se ferait par ordre. Louis XVI ne sait pas que décider, ses ministres
non plus...
Dans ses mains, la force armée lui manque. Les officiers sont médiocres,
ayant acquis leur charge par leur naissance, les sous-officiers les haïssent,
certains partent, d'autres restent et attendent leur heure qui viendra avec la
révolution puis l'Empire.
Louis XVI n'est pas un Bourbon ! Pieux jusqu'à la dévotion et chaste
jusqu'à négliger sa femme il n'est attiré ni par le travail,
ni par l'amour, ni par la politique ou la guerre, deux seules passions la chasse
et la serrurerie. Facile à influencer, il ne savait pas vouloir et ne
se décidait que très rarement. En fait son métier l'ennuyait,
il dira à Malesherbes venu lui apporter sa démission en 1776 "Que
vous êtes heureux ! Que ne puis-je aussi quitter ma place !".
La reine disait de lui "Le pauvre homme", en 1789 tout le monde disait "Il
est bon". Napoléon écrira lui-même à son frère
Joseph "Quand on dit d'un roi que c'est un bon homme, le règne est
manqué". En 1789 le règne est manqué, il se sait que
faire et fait demander à Rivarol par Malesherbes "Que faire ?", "Faire
le roi !" répondit Rivarol. Louis XVI ne pouvait le faire parce qu'il
n'était pas né roi.
La reine Marie Antoinette n'exercera qu'une influence intermittente sur Louis
XVI sans suite et sans continuité. Par contre depuis l'affaire du collier
de la reine ou sa réputation, déjà mise à mal par
beaucoup de rumeurs, s'est trouvée de nouveau salie, elle est très
impopulaire.
Les frères du roi, le Comte de Provence et le Comte d'Artois ne lui sont
d'aucun secours. Le comte de Provence (futur Louis XVIII) n'était qu'un
bel esprit attiré par la philosophie tant que celle-ci ne lui ôtait
aucune pension et ne touchait pas à ces privilèges. Le comte d'Artois
(futur Charles X) ne parlait que de tirer" l’épée de
ses pères" qu'il ne tirera d'ailleurs jamais. Par la suite ils émigreront
rapidement à l'étranger et n'auront qu'une idée en tête
celle de restaurer la monarchie absolue.
Necker, comme le roi, est irrésolu. C'était un bon financier mais
il ne savait pas gouverner. Démagogue et soucieux d'éviter les
troubles en ménageant l'un et l'autre, ce ne pouvait être qu'un
administrateur fait pour des périodes calmes et pas pour un gouvernement
de crise et encore moins pour une révolution.
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