Le
Nil (en arabe : El Bahr, le fleuve) prend rang, aux côtés
de l'Amazone et de l'ensemble Mississippi-Missouri, parmi
les trois fleuves les plus longs du monde : son cours, étendu
sur 6 671 km, draine un bassin de 2 870 000 km2. Ce n'est
pourtant pas un fleuve au débit très abondant,
car il ne déverse à la mer Méditerranée
que le tiers des eaux collectées par la partie supérieure
de son bassin, située dans le domaine équatorial.
Son cours, dirigé du sud vers le nord, lui fait traverser
rapidement le domaine tropical humide pour pénétrer
dans l'un des déserts les plus arides de l'ancien
monde, et le fleuve, qui ne reçoit pas d'affluent
en Égypte, n'est plus, sur 3 000 km, qu'une artère
de transit dont le débit s'appauvrit régulièrement
du fait des prélèvements de l'évaporation.
Les
cultivateurs y ajoutent les leurs qui détournent vers
les champs, depuis la plus haute antiquité, les eaux
du fleuve et les limons fertiles qu'elles véhiculent.
Aussi l'Égypte est-elle, avant tout, le Nil lui-même,
avec cette magnifique voie d'eau qui offrait, dans l'Antiquité,
l'unique voie de communication, avec les terres riveraines
recouvertes chaque année, au moment des plus fortes
chaleurs, par les eaux de la crue et qui, seules, sont fertiles
au milieu du désert. À un point tel que les
rapports entretenus par l'homme avec le fleuve ont façonné les
institutions politiques et économiques et jusqu'à la
religion de l'Égypte ancienne. Ainsi, le dieu agraire
Osiris, fils du dieu Terre et de la déesse Ciel, divinité de
la végétation, était-il sans peine associé ou
assimilé à la grande force vivifiante de l'Égypte
: " l'eau pure ", " l'eau du renouvellement ",
c'est-à-dire l'inondation. " Le Nil ", disait-on
au dieu, " vient de la transpiration de tes mains [...].
Tu es le Nil, les dieux et les hommes vivent de ton écoulement. "
Si
les fellahs se sont longtemps bornés à contrôler,
pour submerger leurs terres, la montée des eaux de
la crue estivale, ils pratiquent aujourd'hui, tout au long
de l'année, une irrigation savante, en utilisant les
eaux d'un fleuve maîtrisé dont le débit,
modifié par le remplissage et la vidange des réservoirs
aménagés dans la vallée, est fort différent
de celui du fleuve naturel .

Le
bassin
Le Nil prend naissance sur les versants du Moufoumbiro, en Afrique orientale,
par 4o de latitude S. La Kagéra, principal émissaire du lac Victoria,
considérée comme l'origine de la branche occidentale du Nil,
tout comme la Semliki, émissaire des lacs Édouard et George,
ont un cours coupé de rapides et de chutes qui les rendent impropres à la
navigation. Au nord du lac Albert, les deux systèmes hydrographiques
nés sur les versants opposés du Moufoumbiro se rejoignent pour
donner naissance au Bahr el-Djebel (fleuve des montagnes) dont la vallée
descend rapidement vers les plaines soudanaises situées au pied des
hauts plateaux africains.

Dès
l'entrée en plaine, le changement de pente est brutal
et les eaux du fleuve s'assagissent brusquement dans des
bras multiples et changeants. L'eau paresse alors entre de
véritables murailles de hautes herbes, tandis qu'une
végétation aquatique vigoureuse envahit le
lit majeur du fleuve, entravant l'écoulement. Au sortir
de la cuvette sud-soudanaise, le Nil blanc (Bahr el-Abiad)
traverse encore quelques marécages, avant de recevoir
les eaux du Sobat, rivière créée par
la réunion du Baro, descendu des grands massifs volcaniques
d'Abyssinie, et du Pibor, collecteur des eaux de la cuvette
soudanaise orientale et dont le lit est tout aussi encombré de
végétation aquatique. De Malakal à Khartoum,
tandis que, sur les rives, la savane fait place à la
brousse, le cours du Nil blanc, en pente faible, ne s'abaisse
que de 70 m sur 2 000 km. Le Nil blanc reçoit alors
un affluent au débit si abondant en été qu'on
pourrait le prendre pour le fleuve principal : le Nil bleu
(Bahr el-Azraq) dont les eaux proviennent de l'amoncellement
de volcans qui forment le cœur de l'Abyssinie.
Après
Khartoum, le Nil, qui ne reçoit plus que l'Atbara,
autre torrent abyssin, roule ses eaux de cataracte en cataracte,
puissant et majestueux, indifférent au désert
qu'il traverse en étranger. Au-delà d'Assouan
et de la première cataracte, le Nil, dont la vallée
est barrée par de nombreuses digues, n'est plus qu'un
fleuve domestiqué alimentant de nombreux canaux d'irrigation.
Peu après Le Caire, les eaux résiduelles se
partagent entre neuf bras principaux enserrant un delta étendu
sur 24 000 km2 dont le front s'allonge sur 260 km entre les
bouches des branches de Rosette et de Damiette. L'immense
bassin du Nil s'étend sur quatre domaines climatiques
différents. Le cours supérieur draine une région
de climat équatorial à la surface de laquelle
la répartition de pluies abondantes, toujours supérieures à 1
500 mm par an, présente deux légers maximums
peu après les équinoxes (avril et novembre),
que séparent deux minimums faiblement esquissés
en janvier et juillet. La région du Bahr el-Ghazal
marque la transition vers un climat tropical boréal,
les deux maxima pluviométriques du semestre chaud
se rapprochant l'un de l'autre dans le temps, tandis que
décroît le total précipité. Le
régime tropical est bien établi en Abyssinie,
avec un seul maximum au cœur de l'été et
un déficit marqué de novembre à mars,
sans que la sécheresse soit absolue au cœur de
l'hiver. Mais, en raison de son altitude moyenne élevée,
l'Abyssinie reçoit des pluies aussi abondantes que
celles tombant dans la haute vallée de la branche
occidentale du Nil. Puis, c'est l'entrée dans le désert
où ne tombent que de rares précipitations qui
sont de saison chaude au sud, de saison froide au nord du
Caire. Ainsi, bien que ses bouches soient situées
loin au-delà du tropique du Cancer, le Nil doit-il être
considéré comme un fleuve tropical dont le
régime régulier se prête admirablement,
avec ses hautes eaux estivales, au développement des
irrigations.
Le
régime
En amont, au sortir des lacs Victoria et Kioga, le régime du fleuve
est pondéré par les nappes lacustres, si bien que les débits
des mois extrêmes, exprimés en coefficients mensuels, ne sont
que de 1,11 en septembre-octobre et 0,85 en mars, l'écoulement présentant
un seul maximum en juin et un seul minimum en février. Les émissaires
des lacs Édouard et Albert, qui apportent leur eau au Nil Victoria,
connaissent la même pondération dans leur écoulement, mais
avec un régime un peu plus complexe faisant alterner deux périodes
de hautes eaux relatives, en décembre-janvier et mai-juin, que séparent
deux phases d'étiage en avril et juillet-août. Ces eaux, dont
l'écoulement ne présente guère de contrastes saisonniers,
se rassemblent dans le Bahr el-Djebel dont le régime, à Mongalla,
reste encore très pondéré, avec un faible maximum d'août-septembre
et un minimum peu marqué de février, l'apport des affluents tropicaux
reçus en cours de route modifiant l'organisation de l'écoulement
née dans la portion équatoriale du bassin.
C'est
un fleuve considérablement amoindri par l'évaporation,
et privé de la moitié de son écoulement,
qui s'échappe de la cuvette du Bahr el-Ghazal pour recevoir
bientôt un fort apport estival venu des montagnes d'Abyssinie
par l'intermédiaire du Sobat, du Nil bleu et de l'Atbara.
Chacun de ces puissants affluents présente un régime
de type tropical boréal, mais l'irrégularité de
l'écoulement et le manque de pondération se font
de plus en plus sentir du sud vers le nord. Ainsi, tandis que
le Sobat voit ses débits mensuels extrêmes varier
entre 0,23 (avril) et 1,76 (novembre), ceux du Nil bleu oscillent,
déjà, entre 0,07 (avril) et 3,45 (septembre),
tandis que l'Atbara est à sec de janvier à mai,
le coefficient mensuel s'élevant à 5,56 en août,
lors du maximum saisonnier, lequel se fait de plus en plus
précoce du sud au nord. Après avoir reçu
l'Atbara, le Nil, qu'aucun affluent ne rejoindra plus, fonctionne
comme une simple artère de transit dont le débit
s'appauvrit régulièrement vers l'aval du fait
de l'évaporation et des prélèvements opérés
par les irrigants. Lors de l'entrée en Égypte,
en mai, avec un coefficient mensuel de débit égal à 0,21,
l'essentiel du débit est assuré par le Nil blanc
et le Sobat (83 p. 100 de l'écoulement), le Nil bleu
n'apportant que 17 p. 100 du débit et l'Atbara étant à sec.
Au contraire, en période de hautes eaux, l'apport des
fleuves abyssins devient décisif : ainsi, en septembre,
avec un coefficient mensuel d'écoulement égal à 3,1,
le Nil bleu fournit 68 p. 100 du débit et l'Atbara 22
p. 100, la part du Nil blanc et du Sobat tombant à 10
p. 100. L'Abyssinie fournit donc au Nil égyptien un
apport décisif en eau d'irrigation mais, même
sans cette contribution, les eaux du Nil blanc parviendraient à la
mer en toutes saisons. Le fleuve, réduit au Nil blanc
et au Sobat, aurait, à Wadi-Halfa, un débit variant,
dans l'année, entre 400 et 1 000 m3/s et ce sont les
eaux du Nil blanc qui évitent au fleuve de s'assécher
en mars-mai alors que les rivières d'Abyssinie connaissent
des maigres accentués. Mais seule l'eau venue d'Éthiopie
fait du Nil un grand fleuve dispensateur de vie, bien que le
module de l'écoulement, 2 800 m3/s à Wadi-Halfa,
soit fort modeste, ne représentant qu'un apport de 0,93
l/s par kilomètre carré de bassin.
La
charge des eaux du fleuve
Le Nil féconde la terre d'Égypte non seulement par l'eau qu'il
lui donne, mais aussi par le limon que celle-ci transporte. Il véhicule
peu de matières en solution : 10,7 millions de tonnes par an à l'embouchure,
ce qui représente 3,7 t/km2 de bassin. La charge en substances dissoutes
dans l'eau des affluents est peu différente de celle du Nil supérieur
: les eaux de l'artère la plus chargée, la Semliki, transportent
670 g/m3, tandis que la teneur en substances dissoutes de celles des autres
varie entre 100 et 200 g/m3. Sur le Nil moyen et inférieur, la proportion
de substances dissoutes dans l'eau courante varie selon les saisons : maximale
d'avril à juillet, minimale en août-septembre, elle évolue
en sens inverse du débit. Si la teneur en calcium (comprise entre 20
et 26 p. 1 000) et en magnésium (entre 7 et 11 p. 1 000) change peu
au cours de l'année, par contre celle des bicarbonates, qui représentent
75 p. 100 des substances dissoutes, évolue dans des limites plus larges
(entre 100 et 168 p. 1 000 selon les mois), tout comme celle du sodium (entre
8 et 37 p. 1 000) et du chlore (de 3 à 22 p. 1 000). La présence
de sodium en quantités non négligeables dans les eaux d'arrosage
empruntées au fleuve entraîne, sous un climat à tendances
arides, un risque de

développement de la salure réitérative des sols.
Outre
les substances dissoutes, les eaux du Nil transportent des
matériaux en suspension : le limon nilote. Le débit
solide du fleuve, tout en étant imposant dans l'absolu
- 57 millions de tonnes par an au Caire, soit près de
20 t/km2 de bassin - reste de beaucoup inférieur à celui
des autres grands fleuves du monde tropical sec. L'essentiel
du transport intervient durant la période des hautes
eaux, la charge s'abaissant de 1,6 kg/m3 en septembre à 0,023
kg/m3 en juin. Parmi les matériaux transportés,
le sable, qui roule sur le fond, n'existe qu'en petites quantités,
tandis que limons (25 p. 100 de la charge solide) et argiles
(62 p. 100) se répartissent de manière égale
dans toute la masse de l'eau courante. De Khartoum à la
mer, la charge solide du Nil diminue régulièrement,
surtout après Assouan, les sables se déposant
les premiers. Les particules les plus grossières s'accumulent
au fond du lit comme au long des berges qu'elles exhaussent,
tandis que leséléments les plus fins restent
prisonniers des champs irrigués dont ils renouvellent
la fertilité. La plupart des matériaux en suspension
proviennent de la décomposition des roches volcaniques
et métamorphiques du haut bassin et c'est pourquoi l'analyse
chimique met en évidence la prépondérance,
parmi eux, de la silice (50 p. 100) et de l'alumine (20 p.
100).
L'île d'Eléphantine
L'écoulement du fleuve est pratiquement régularisé depuis
la mise en service du haut barrage d'Assouan. Construit avec l'aide de techniciens
soviétiques, cet ouvrage, couplé avec une centrale électrique
de 2 100 000 kW de puissance installée, est capable d'emmagasiner, derrière
une digue haute de 111 m et longue de 3 820 m, une réserve de 157 km3, égale à cinq
fois le débit total annuel du fleuve. Pour plus de précisions
sur le barrage d' assouan ou le lac nasser
|