
Le
moment semble propice. L'Angleterre du Premier ministre William
Pitt (38 ans) vit des moments difficiles (révolte
en Irlande, mutinerie des marins à Portsmouth, faillite
financière).
L'Égypte
offre un point d'appui pour assurer une communication terrestre
avec l'Orient menacé par la suprématie maritime
britannique.
Talleyrand
se fait fort de convaincre le Grand Turc que la future expédition
n'est pas dirigée contre lui. Malheureusement, le
général Aubert-Dubayet, ambassadeur français à Istamboul,
meurt en décembre 1797 et n'est pas remplacé,
ce qui laisse le champ libre aux menées britanniques.
Mais
malgré les rapports venus de France et d'Italie, les
Anglais ne veulent pas croire à une expédition
française au Levant.
A
Paris, le Directoire décide, début 1798, d'envahir
la Confédération suisse, alliée séculaire
de la France, afin de financer la future expédition
d'Orient avec le trésor de Berne.
Une
campagne de promotion bien conduite permet à Bonaparte,
récemment nommé membre de l'Institut, de rassembler
une pléiade de jeunes scientifiques, ingénieurs,
artistes et humanistes issus des écoles d'État,
notamment Polytechnique nouvellement établie.
Parmi
eux, l'artiste aventurier Vivant-Denon, qui recueille à 51
ans la chance de sa vie, le mathématicien Gaspard
Monge, le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire,...
La
marine française est en piteux état et la majorité des
officiers de marine ont émigré. On parvient
tout de même à rassembler l'«aile gauche
de l'armée d'Angleterre» dans le Golfe de Gênes
au printemps 1798 sous le commandement de l'amiral Brueys
d'Aigailliers. En tout 194 navires et 19.000 hommes.
La
flotte réussit à appareiller de Toulon le 19
mai malgré la vigilance du contre-amiral Horatio Nelson,
commandant de la flotte britannique. Avec des flottes de
Gênes et d'Ajaccio, les effectifs de l'expédition
s'élèvent au final à... 54.000 hommes
!
La conquête
La
flotte parvient en vue de La Valette capitale de l'île
de Malte, le 9 juin. Trois siècles plus tôt,
l'île avait été confiée par Charles
Quint aux Chevaliers de l'Ordre hospitalier de Saint-Jean
de Jérusalem, dénommés ensuite de Rhodes
puis de Malte.
Le
grand-maître Ferdinand von Hompesch zu Bolheim a les
moyens de tenir un long siège, le roi de Naples lui
devant assistance et les chevaliers en ayant vu d'autres.
Mais le cœur n'y est plus et la place rend les armes
le 12 juin.
Bonaparte
s'installe pour quelques jours à La Valette, édicte
toutes sortes de dispositions révolutionnaires, puis
poursuit sa croisière vers l'Égypte. Le corps
expéditionnaire débarque à Alexandrie
le 2 juillet après avoir échappé presque
par miracle à la poursuite de Nelson.
L'Égypte,
sous l'autorité nominale du sultan d'Istamboul, est
alors dominée par les Mamelouks.
Ils
sont commandés par deux «beys», Mourad
et Ibrahim, quand débarque Bonaparte en 1798.
Pressé d'en
finir, Bonaparte commet l'erreur de se diriger d'Alexandrie
vers Le Caire, capitale de l'Égypte, par le chemin
le plus court, à travers le désert.
Les
soldats, qui vont à pied tandis que leur général
caracole à cheval ou... à dos de chameau, endurent
pendant trois semaines des souffrances épouvantables.
Non
préparés au soleil... et aux mirages, ils doivent
au surplus répliquer aux attaques surprises des cavaliers
mamelouks.
C'est
enfin le heurt décisif avec les troupes de Mourad
Bey au pied des Pyramides.
Le
général Louis Desaix poursuit les fuyards jusqu'en
Haute-Égypte, complétant la soumission du pays.
Son humanité dans les rapports avec la population
lui vaut le surnom de «Sultan juste».