
Il
y a un peu plus de 200 ans maintenant,
les soldats de Bonaparte découvrent la pierre de Rosette près
du
Nil
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Comment
l'Egyptien de Figeac perça le mystère des hiéroglyphes
Le
siècle s'achevait dans la tourmente. On était
le 19 Thermidor de l'an VII - le 19juillet 1799 pour notre
calendrier - et, depuis un an, le général Bonaparte
avait mis les pieds en Egypte. Il y avait prononcé le
fameux " du haut de ces pyramides quarante siècles
vous contemplent ", il avait conquis le Caire après
Alexandrie. il était à la veille de chasser les
Turcs à Aboukir ce qui fit dire à Kléber
l'intransigeant: "Général vous êtes
grand comme le monde !".
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Un
secret occulté depuis mille ans
Mais,
en ce 19 Thermidor, la petite histoire ne dit pas à quoi
rêve Napoléon. Sans doute à l'infidèle
Joséphine, à sa jeune gloire et à son
prochain retour en France... Pendant ce temps-là au
fort Julien de Rosette, dans le delta du Nil, les soldats,
qui, à marches forcées, ont fait la campagne
d'Egypte dans les sables du désert, travaillent sous
la conduite du lieutenant Bouchard au terrassement d'un mur
antique. On imagine la chaleur en cette saison. C'est alors
qu'ils mettent au jour une stèle noire, en basalte,
portant des inscriptions mystérieuses au commun des
mortels. Cette pierre de 1,10 m de hauteur, va entrer dans
l'Histoire sous le nom de Pierre de Rosette (elle est aujourd'hui
- hélas ! - une des pièces maîtresses
du British Museum à Londres). Mais en ce 19 Thermidor,
la "pierre " est encore une possession française
et on l'envoie au jeune Institut d'Egypte créé il
y a tout juste un an. " Jamais un coup de dé n'abolira
le hasard. " Imaginons un coup de pioche malheureux.
Le mystère des hiéroglyphes serait-il demeuré à jamais
inviolé ? Il faudra pourtant attendre encore vingt-trois
ans après cette mise au jour pour que l'énigme
de la Pierre de Rosette soit résolue. Celui qui devait
la déchiffrer n'avait que 9 ans au moment de sa découverte.
Il s'appelait Jean-François Champollion, et il était
né à Figeac dans la nuit du 23 au 24 décembre
1790. On devait l'appeler Champollion-le-Jeune pour le distinguer
de son frère aîné de douze ans Champollion
Jacques-Joseph dit Champollion-Figeac. Ce n'est que plus
que Jean-François reçut le surnom " l'Egyptien
de Figeac " lorsqu'il fut établi qu'il avait, à l'âge
de 23 ans, levé le voile qui depuis plus de mille
ans avait occulté le secret des hiéroglyphes.
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Dès
seize ans, la passion de l'Egypte
Dès
l'âge de seize ans, Champollion avait soutenu devant
l'Académie des sciences, lettres et arts de noble,
ville où il s'était fixé pour y suivre
son frère aîné, un mémoire intitulé : " Recherches
sur la géographie, la religion, la langue, les écritures
et l'histoire de l'Egypte. " C'est peu de dire qu'il
fut un surdoué. Envoyé par son frère,
lui-même passionné d'archéologie, à Paris,
il suivit pendant deux ans les cours de l'Ecole des langues
orientales qui lui donnèrent la maîtrise du
copte, de l'arabe et du syriaque. Nommé professeur
d'histoire à la faculté des lettres de Grenoble
et favorable à Napoléon lors de son retour
de l'île d'Elbe, il fut à la seconde restauration
destitué, et revint en exil pendant deux ans à Figeac,
ville famille maternelle (sa mère Jeanne-Françoise
Gualieu, fille commerçant du lieu, y avait épousé Jacques
Champollion, marchant ambulant originaire des Hautes-Alpes
qui installa la première librairie de la ville). Aucune
force au monde ne pouvait détourner Champollion de
sa recherche sur la Pierre de Rosette, et c'est en septembre
1822, qu'à Paris il envoya au président de
l'Académie des inscriptions de belles-lettres son " Mémoire
sur les hiéroglyphes " qui fut publié dans
le " Journal des Savants " d'octobre suivant, sous
le titre devenu célèbre de " Lettre à M.
Dacier ". Jean-François Champollion, nommé conservateur
du musée égyptien du Louvre, dut attendre six
ans encore - juillet 1828 - avant d'être envoyé en
mission dans sa chère Egypte, " après
laquelle il soupirait depuis longtemps ". Mais ce voyage,
ses multiples occupations, comme professeur au Collège
de France - la chaire d'histoire et d'archéologie égyptienne
fut créée pour lui en mars 1831 -, ses publications
nombreuses viennent à bout d'une santé qui
fut toujours soumise à aléas. Champollion est
mort dans sa quarante et unième année, emporté le
4 mars 1832 par une deuxième apoplexie Sans avoir
vu publier la grammaire et le dictionnaire égyptiens
qu'il avait presque entièrement rédigés. " Si
je pouvais avoir encore quelques années devant moi ",
disait-il à quelque temps de là, harcelé par
la maladie et le travail...
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Ce
que disait la pierre de Rosette
Lycéen,
Jean-François Champollion disait à son frère " Je
ne pense pas plus qu'une pierre. " Si les pierres ne
pensent pas, elles ont pourtant de la mémoire. La
Pierre de Rosette - du nom de la ville de la Basse-Egypte
où elle a été trouvée, et dont
le nom arabe actuel est Raschid - comporte le texte d'un
décret du pharaon Ptolémée V, promulgué en
196 avant notre ère à l'issue d'un synode de
Memphis. Le texte est rédigé en trois écritures
: les hiéroglyphes, le démotique (qui est l'écriture
employée à l'époque grecque pour les
documents administratifs), et le grec ancien.
Seul
le texte démotique était complet. L'anglais Thomas
Young, le premier, repéra les signes dans un " cartouche ",
en déduisit qu'ils devaient désigner les Ptolémées,
mais échoua dans les correspondances entre signes égyptiens
et lettes grecques. Champollion arriva à lire le mot " Ptolémée " dans
l'inscription hiéroglyphique et aussi ceux de Cléopâtre
et de Ramsès, et il put ainsi compléter son alphabet.
Il fut surtout celui qui, le premier, comprit et établit
que le système hiéroglyphique était à la
fois symbolique et phonétique, et que son écriture était
constituée de pictogrammes, d'idéogrammes et
de phonogrammes.
Le
hiératique et même le démotique ne sont
que des tracés plus rapides des signes hiéroglyphiques.
Ces derniers pouvaient être gravés en creux ou
en relief -, ou peints, ou les deux à la fois. Les scribes
détenaient la science de l'écriture et ils étaient
une des pièces maîtresses de l'administration
des pharaons. L'écriture avait aussi une fonction magique.
Par exemple les signes qui représentaient des êtres
redoutables pouvaient être amputés d'une partie
de leur corps dans le but de les rendre inoffensifs.

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