Changer de culture

Au mode de vie, dicté essentiellement par l’organisation économique, s’ajoute la culture. Une culture axée sur le divertissement… nécessairement dispendieux en énergie pour les raisons économiques évoquées plus haut. A tel point que le mot culture est pratiquement devenu synonyme de divertissement, ou du moins, d’une sorte de compétence intellectuelle qu’il faudrait développer en ayant vu ceci ou cela (ce qui nécessite une production ou un déplacement)…

Quant aux rapports humains les plus intimes, l’amour et l’amitié, ils sont régis par l’offrande matérielle. Le sourire, la tendresse, l’entraide ou même la simple participation aux frais ne sont pas suffisants, la tradition est de faire des cadeaux… de préférence dans le domaine du superflu, et surtout : flambants neufs…
Bien sûr, pour accroître cette source importante de surconsommation, des fêtes sont savamment et fréquemment organisées. Elles se doivent d’être scrupuleusement honorées… sous peine de passer pour un égoïste…
L’une d’entre elle permet tout spécialement de conditionner les enfants dès le plus jeune âge à la possession et à la jouissance matérielle…
Ne pourrait-on pas associer la fête et la convivialité à autre chose ?
Et l’on s’étonne qu’il faille plus de sept terres pour permettre durablement le mode de vie auquel l’humanité actuelle aspire …

De bonnes âmes, préoccupées d’écologie, ont fabriqué des produits moins polluants, sans remettre en cause la sacro-sainte culture de consommation. Résultat : il a été constaté que toute innovation moins polluante entraînait un accroissement de la consommation correspondante annulant tout effet sur la pollution globale (effet rebond)...
Il n’existe pas de « véhicule propre », d’ « énergie propre » etc. Toute consommation a un poids non-nul dans la consommation globale, qui doit nécessairement être limitée. Dans le contexte actuel, le marché florissant des produits « écologiques » alimente une dangereuse illusion.

Plutôt que se limiter aux innovations techniques, il serait bénéfique de valoriser et de favoriser l’innovation humaine et sociale. Or, dans ce domaine, c’est au contraire, la frilosité et l’intolérance qui règnent. En cette époque où un changement de mode de vie s’impose, il conviendrait de prôner par les actes, et non seulement la parole, une culture de la diversité, de l’expérimentation et de l’ouverture.

La culture se manifeste aussi par des valeurs. Par exemple : le travail. Le travail, donc, indépendamment de sa finalité, et se devant bien sûr d’être « récompensé », devinez comment…
Notre culture, c’est aussi celle de la « réussite personnelle ».
Toutes choses qui participent nécessairement à l’augmentation sans limites de la consommation de matière et d’énergie.
Sans parler de la « croissance » ou du « développement », censés être souhaitables voire nécessaires en eux-mêmes, indépendamment de toute réflexion sur le sujet.
Récemment, on a même lancé, avec force battage, le concept de « développement durable ». Sans doute pour éviter qu’une prise de conscience écologique ne remette en cause ce dogme.
Dans l’imaginaire collectif entretenu par cette culture, celui qui n’est pas pour la « croissance » est pour le retour à l’âge des cavernes, c’est de plus un personnage sinistre, prônant la privation ou la souffrance…
La manipulation réside ici dans l’escamotage du complément : le « développement » de quoi ? Dans le contexte où la formule est utilisée, il s’agit bien sûr du développement matériel du capitalisme… dont nous avons vu les effets…

Et si l’on prônait le développement du bonheur durable ? Ce bonheur découvert par la plupart des philosophes de toutes les époques et de tous les temps… La jovialité par la maîtrise de son propre esprit et la simplicité volontaire ?
Il s’agirait là d’un tout autre développement, d’une toute autre croissance : celle de la personne, de la liberté intérieure, de l’harmonie… avec l’environnement.

 
     

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